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vendredi 11 juin 2010

La dernière ligne droite au Nord Chili

Quand j'étais enfant, les chambres d'amis de l'étage étaient meublees à l'ancienne, avec de vieux lits de coin. Dans la plus grande, deux lits rustiques se faisaient face et c'est ici que je dormais quand mes grands parents paternels nous rendaient visite. Je dormais alors dans la même chambre que mon grand-père et je me souviens, comme si c'était hier, de l'envie de rejoindre mon lit et de me glisser dans ces vieux draps. Mon grand-père, toujours avec son "damart" sur le dos, se glissait dans le lit d'en face et l'aventure pouvait commencer. Papy Paul a la langue bien pendue comme on dit et aime raconter des histoires. Ses histoires, que j'écoutais du fond de mon mon lit, relataient quelques fois sa dure condition de garçon de ferme qui devait chaparder des petits fromages aux nez de ses employeurs pour manger à sa faim, et d'autres fois, le fonctionnement et la vie d'une usine à gaz... Mais le plus souvent, il m'emmenait sur les chemins du monde, toujours avec des anes comme compagnons de voyage. Dans ces recits d'aventures, je me projetais avec delice et je buvais chacune de ses paroles. Très souvent, pour pas dire systematiquement, il commençait ses fables par le fameux: " On est partis sac à dos dans la plaine... ".
C'est peut ètre là que tout a commencé...

Je vous parle du commencement avec nostalgie mais c'est bien la fin de ce voyage que je vais vous raconter.

Notre dernière semaine de périple, dernière ligne droite, se passe au Nord Chili. Du Sud-Lipez Bolivien une descente en bus de plus de 2000 m de dénivelé et nous sommes de retour au Chili, à San Pédro de l'Atacama. Là aussi, dans ce désert Chilien, on retrouve un Salar et de beaux volcans qui se reflètent dans des lacs d'altitude. Ayant déjà embrassé du regard des paysages similaires nous ne pensions que passer à San Pédro. Définitivement, ceci aurait été une erreur. Nos trois jours nous ont enchanté et les paysages bien spécifiques de la Vallée de la Lune, la Vallée de la Mort ou encore le canyon du Diable y sont forcement pour quelque chose. Ici le volcanisme s'invente sculpteur et l'aridité de ce désert de l'Atacama y rajoute une touche désoeuvrée saisissante. Dans ce "tout mineral" seuls quelques petits oiseaux s'aventurent dans ces clichés lunaires. Ces sorties à la journée depuis San Pédro, à vélo ou à pied nous ravissent et sont l'occasion de derniers beaux picnics que nous savourons comme s'ils etaient nos derniers moments de liberté.
Le soir de retour à "la Casa de los Musicos" les extravagants Brigitte et Miguel nous accueillent entre deux délires et nous mangeons souvent en compagnie de Brigitte qui alimente toujours nos repas de récits déjantés sur sa vie hors du commun, ses voyages. Nous laissons ce beau désert aux maisons de terre et nous voyageons plein Sud pour se reveiller à La Serena 17 heures plus tard. Changement de décor et de climat car ici, à La Serena, c'est l'Océan Pacifique qui décide de la meteo. Temps couvert, humide et froid, on se blottit comme on peut le soir à la Casa de Maria. Pour notre seule journée ici, le pretexte d'un repas sur le port offre une belle balade en bord de mer. Au milieu des centaines de pelicans nous venons nous aussi profiter des produits de la pêche entre ceviche et fish&chips et le tout en musique... On ne se refuse décidement rien!!!

Comme dernière escale de ce long voyage nous ne pouvions rêver mieux qu'un port mythique du bout du monde. Valparaiso, entre bohème et océan est une ville aux collines multicolores ou chaque habitation apporte sa touche personnelle. De ses rues pentues, ou l'hiver austral montre ces premieres griffes, nous découvrons ce patchwork animé et, à chaque coin de rue, des "fresques" murales toutes plus belles les unes que les autres...

De retour dans la capitale Chilienne nous retrouvons notre Backpacker footsteps ou, comme à son habitude, Andrea nous accueille a bras ouverts... A la Chilienne quoi!!! Un dernier repas avec nos copains Marie et Rafael et nous voilà déjà dans l'avion, hébétés, mais des images plein la tête...

Avec la perspective d'un retour en France iminant, nous sommes entre excitation des retrouvaillles et nostalgie d'une fin annoncée. Beaucoup se demandent, et nous aussi d'ailleurs, comment nous allons réagir en atterissant dans une vie plus asceptisée, plus sédentaire, plus classique. Tout d'abord, nous sommes conscients de notre chance de rentrer dans un pays développé, libre et surement l'un des plus beau du monde. Et je suis pret à parier que nous aurons à coeur de faire d'autres voyages, d'autres decouvertes. Pour tout ça, il suffit d'une chose: Avoir envie!!! Et de l'envie nous en avons encore plein...
A bientôt pour un petit bilan perso de cette annee de voyage...et nos premiers ressentis....

Nico, le 12 juin 2010.

jeudi 11 mars 2010

Patagonie du Nord, sur la Carretera Austral.

Des montagnes de neiges eternelles dressees au dessus de l´ocean comme un dernier rempart pour proteger une succession de fijords, de glaciers et leurs lacs translucides, ca donne forcement envie d´aller voir. Cette region du Nord de la Patagonie est l´une des plus protegee du Chili donc bien entendu, l´une des moins accessible. Depuis Chiloe, huit heures de ferry sont necessaires pour rejoindre Chaiten. Nous debarquons en fin de journee, en compagnie de Sylvain et Anne dans cette petite ville saisissante. Chaiten etait en plein essor (plus de 5000 habitants), avant que l´eruption du volcan Michinmahuida, il y a maintenant deux ans, la plonge dans les tenebres. Nous savions que les infos de notre guide de voyage, anterieur a la catastrophe, n´etaient plus d´actualite, mais nous pensions trouver un village en reconstruction. Ici, rien de tout ca. A premiere vue la ville semble un peu endormie et l´atmosphere est etrange, mais c´est en penetrant un peu plus dans Chaiten que nous realisons. De larges rues desertes, de vieilles voitures abandonnees, des maisons devastees, abandonnees en l´etat, le tout recouvert de cendres parfois sur plus d´un metre d´epaisseur. Hallucinant, emouvant, et choquant... On trouve difficilement un "Hospedaje" ou dormir, et la proprietaire nous informe qu´il n´y aura pas d´eau ni d`electricite. Elle nous explique, la voix tremblante d´emotion, que le village est ainsi depuis deux ans. L´etat Chilien n´a remis en service aucun reseau et pousse les gens a partir mais tout le monde n´est pas pres a quitter cet endroit et puis "pour aller ou?" nous dit encore cette dame. "Le pays n´est que volcans et tremblements de terre." Deux jours apres avoir ressenti une secousse sismique, on se rend vraiment compte que la terre est vivante, ici, au Chili. Le lendemain, nous attendons longuement le bus pour descendre la Carretral Austral, cette route creee dans les annees 80, et se rapprocher du parc national Queulat. Dans cette region tres peu peuplee (1 hab/km2) parcourue par cette unique piste, mieux vaut ne pas louper le bus. Il ne passe que tous les deux jours et faire du stop ici, c´est vraiment galere. Et oui, on a essaye car c´etait trop tentant!! Arrives a La Junta a 17h, nous n´etions qu´a 47km de Puerto Puyuhuapi, village niche dans un fijord, a deux pas du parc Queulat. Trois heures pour faire ces 47km! Pas que les Chiliens ne nous prennent pas en stop mais c´est qu´il ni a presque pas de Chiliens! Sauves une premiere fois par des bucherons, nous faisons une vingtaine de kilometres dans la benne de leur camion. Un peu plus loin, nous montons dans la cabine d´un engin de chantier pour trois petits kilometres. Puis c´est le calme plat. Nous marchons pres d´une heure sans voir la moindre voiture. L´ombre des montagnes se fait de plus en plus longue et nous devons nous resoudre a chercher sur les bas cotes un endroit ou planter la tente. Impossible!! Coinces entre montagnes et lac, au bord de cette Carretera Austral poussiereuse, on ne trouve que des cailloux. La nuits tombe, un petit vent frais s´est leve et le moteur de notre derniere chance resonne dans la vallee. Dans la benne de ce pick up nous avalons les derniers kilometres qui nous separe de Puyuhuapi, soulages et heureux malgre le vent glacial. Le lendemain matin a l´entree du parc Queulat, l´ecusson qui nous accueille est de bonne augure. De belles montagnes et un glacier haut perche ou nait une cascade monumentale sous le regard percant des condors. Pour les condors, on repassera et il nous faudra un peu de patience pour appercevoir entre deux nuages le fameux glacier. Dans ces moments la, un petit mot croise, un the chaud, c´est ideal pour attendre tranquillement. De retour a Puyuhuapi, nous apprecions la tranquilite de ce village du bout du monde qui s´apprete a entrer dans un hiver long et rigoureux comme la Patagonie sait les faire.

Cinq heures plus au Sud nous retrouvons Sylvain et Anne dans la citadine et desorganisee Coyhaique. Un diner reconfortant et une bonne biere ne sont pas de trop pour se remettre de la journee difficile que nous avons passe chacun de notre cote a arpenter les rues de Coyhaique en quete d´informations sur les bus disponibles. C´etait une veritable epreuve!!
Finalement decourages par le peu d´info fiables que nous avons glanees, nous ne descendrons pas plus bas que ce 46eme parallele Sud. La reserve nationale Coyhaique nous reconcilie definitivement avec cette petite ville, avec de belles perspectives sur les Andes et de remarquables montagnes strillees qui surplombent la ville. Nous remontons donc la Carretera Austral en douze petites heures de bus.... Quand on aime on ne compte pas!!! Pour arriver a Futaleufu notre derniere etape Patagone avant l´Argentine. Nous ne voyons pas le beau point de vue depuis le Riedra Del Aguila faute de beau temps et nous restons abrites d´un arbre a regarder deux agriculteurs rentrer une remorque de foin avec leur attelage de boeufs comme sortis d´un autre siecle. C´est peut etre ici le bout du monde!!!

Nicolas, le 12 Mars 2010

vendredi 5 mars 2010

Chiloe, l`ile mysterieuse.

Pas de panique!!! On vous rassure, nous aussi, avant de partir, on ne savait pas situer Chiloe sur une carte!...Alors avant d'aller plus loin dans cet article, faites un petit effort et essayez de vous representer l'Amerique du sud (ou bien prenez un planisphere). Touvez le Chili. Jusque la, facile! Suivez la cote Pacifique vers le sud....vous commencez a chauffer. Arrives a Puerto Montt, prenez vers l'ouest et continuez a descendre. Si vous avez les pieds dans l'eau, c'est bon signe! Prenez tout de meme la barge pour traverser la petite bande de mer qui vous separe de l`ile (l'eau est fraiche dans cette partie du monde...). Voila, vous etes arrives!...Bienvenue a Chiloe...Maintenant, parce qu' une lecture de carte ou meme une tres bonne imagination ne font pas tout, (eh! C'est pour ca qu`on voyage!) je me permets de vous en dire un peu plus pour mieux vous mettre dans l'ambiance. A l'Ouest donc, l'Ocean Pacifique tel que vous pouvez vous le representer a quelques centaines de kilometres du cap Horn, tourmente et tempetueux, on est bien loin de la Mediterranee. A l'Est, le Golfe d'Ancud, aux eaux plus tranquilles, depuis quelques annees la Mecque de l'elevage de saumons (on vit une triste epoque ecologique! En un mot, boycottez le saumon d'elevage Chilote! Il fait certes la richesse rapide des pisciculteurs du coin, mais a ce rythme fera bientot le malheur des pecheurs et des autres especes vivantes du golfe. Ici aussi, malheureusement, on pense profit immediat et rentabilite, et on tue la poule aux oeufs d`or...Voila pour le coup de gueule! Ca va mieux en le disant!). Les natifs du coin n'ont donc pas eu a hesiter longtemps, ils se sont presque tous installes dans les villes de la cote Est de l'ile, plus accueillante....Une minorite seulement d'entre eux se sont installes de l'autre cote, ne me demandez pas pourquoi,... 200 km de long, 50 de large. Un point culminant flirtant difficilement avec les 1000 metres, c'est un plat pays ou presque...Reputee pour son climat rude et pluvieux ("Quand il n`y a ni brume ni averse, c`est qu`il y a du crachin ou qu`il pleuviote"dixit le Lonely Planet.), cette ile a, pour nous, fait mentir les statistiques en nous accueillant sous un beau ciel bleu et un franc soleil qui n`a pas cille pendant les cinq jours tranquilles que nous y avons passes, nous offrant de somptueux couchers de soleil, avec vue sur la chaine enneigee de la cordillere des Andes, toute proche. Ici, de courtes ballades ont pour but la decouverte des fameuses eglises Chilotes. Classees au Patrimoine Mondial de l'Unesco, elles ont la particularite d'etre construites entierement en bois et sans un clou, tenant pour certain, par l'operation du Saint Esprit, pour d'autres, par un astucieux systeme d'emboitement ,... (que je ne saurai vous expliquer....). La plus ancienne d'entre elles, que nous avons vue a Achao, fetera tout de meme bientot ses 300 ans! Si ca, ca ne tient pas du miracle,... !?! Mignonnes et sobres a l'exterieure, elles peuvent etre superbes a l'interieur, et surprenantes avec leurs colonnes, leurs ogives, leurs nefs entierement en bois. Et il y en a plus de 150 sur l'ile! Chaque village est ainsi organisee sur le meme modele. Une eglise regnant sur une place centrale, et autour de celle ci, un alignement de maisons de bois ou de tolle, toutes modestes mais colorees et jolies comme des maisons de poupee. Un peu plus loin, en bord de mer, les palafitos, patrimoine historique, sont de photogeniques maisons sur piloti, lechees par l'ocean au gre des marees. Difficile d'imaginer le froid hivernal et la violence des vents maritimes qu'essuient regulierement ces habitations tant elles semblent desuettes et vulnerables, meme en ces beaux jours. Pendant des siecles, la vie ici fut une prise de risque: l'ocean Pacifique ne faisait guere de cadeau aux pecheurs, les prenant des mois, ne les rendant pas toujours. Les conditions de vie etaient rudes, comme le climat, et la modernite fut longue a venir (la premiere route, presque la seule encore aujourd`hui sur l`ile, n`a que cinquante ans) et l'isolement dura, dura...Tout cela est a l'origine d'une culture propre a ici, d'une mythologie unique, 100% Chilote. Superstitions et croyances traditionnelles font encore partie du quotidien, et continuent d'expliquer catastrophes, disparitions en mer, maladies, et meme grossesses innopinees, chez les jeunes filles vierges et les femmes de marin partis en mer depuis plusieurs mois! Ca, c'est encore un coup du Trauco!...Ce personne fantastique, un gnome hideux, exerce un pouvoir irresistible sur les femmes, faisant naitre en elles des reves impurs et meme de mysterieux enfants hors mariage....Pratique! Meme moi, je n`ai pas pu resister a son charme....L'art de vivre Chilote, c`est aussi une gastronomie qu`on pourrait qualifier de consistante...dans sa specialite, le Curanto, pommes de terre, poisson et coquillages trouvent tout naturel de mijoter avec des saucisses fumees, des morceaux de boeuf et des cuisses de poulet. On a essaye, evidemment (on n'a pas une vie facile!), et on a trouve ca plutot bon....Bon, on n'aurait pas mange ca tous les jours!! D'ailleurs, les autres jours, on s'est bien regale avec des plats plus simple, poisson a la plancha et puree ont eu la vie dure (Chiloe est le pays de la patate sous toute ses formes), un vrai regal, sans parler des empanadas mariscos, aux fruits de mer...hmmm....une bonne petite cure d'iode...avant les fameux steaks Argentins! Enfin Chiloe restera pour nous une experience hallucinante...la nuit de vendredi a samedi dernier, alors que nous dormions comme des bebes, j'ai ete reveillee d`une bien etrange facon...Que pouvez donc bien avoir Nico pour remuer autant?... J`ouvre un oeil, prete a emettre un petit grognement de desapprobation quand je comprends que ce n`est pas seulement Nico qui bouge, mais tout le lit, la chambre, la maison....Nico entre temps s`est reveille lui aussi, et on reste hebetes, la gueule enfarinee, sans reaction... Pas la moindre notion de danger n`emmerge dans nos cerveaux endormis, on hallucine juste, en attendant que ca passe, puis on se rendort, jusqu`a la procahine secousse qu`on vit comme un bercement. Ce n`est que le lendemain matin, plus reveilles, qu`on realise qu`on vient de vivre notre premier tremblement de terre et qu`on n`a vraiment pas eu la reaction appropriee. Heureusement que notre vieille maison de bois a bien assure, elle!..C`est la propietaire de l'hospedaje qui nous apprend l'ampleur de la catastrophe, et on pense soudain a nos parents qu'on imagine dans l`angoisse. Impossible pourtant de les rassurer rapidement, electricite, telephone et internet restant coupe une bonne partie de la journee... Enfin les jours passent et chacun apporte son lot d'informations et d'images, mais toujours au compte gouttes. Depuis que nous sommes en voyage, nous somme toujours les derniers au courants des actualites qui se passent autours de nous, et c'est tres souvent plus inquietant pour ceux restes en Europe, gaves d'images catastrophe, que pour nous qui vivons dans une bulle, sans journal televise et avec des emissions de radio en espagnol dont on ne comprend pas grand chose... On trouve tres peu de journaux, surtout qu'on ne les cherche pas forcement. Mais on a ete tres touches d'apprendre que Talca, ou nous etions quelques jours auparavant pour ce chaleureux moment partage avec les vendeurs ambulants de la gare routiere, avait enormement souffert du seisme. On pense a eux, et on espere....Apres reflexion, nous avons decide de continuer, comme prevu, notre periple en Patagonie du Nord. Cap vers sa fameuse et sauvage Carretera Austral.De l'aventure en perspective!Camille, le 5 mars 2010.